Matthieu Préface
L’Évangile de Matthieu est dense. On le lit souvent de façon fragmentée, car chaque récit interpelle et nécessite réflexion. Certains commentaires se penchent sur tous les détails du texte grec et sondent le sens des mots utilisés. D’autres commentateurs multiplient les références à d’autres auteurs pour indiquer comment un texte est parfois compris. Chaque type de commentaires offre ses avantages, mais il est inévitable de faire des choix. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.
Prenons l’exemple de la découverte d’un nouveau pays. Une personne peut le survoler en avion pour avoir une vue d’ensemble souvent inédite. Elle peut choisir de voyager en train et voir défiler à grande vitesse les campagnes et les agglomérations. Elle peut choisir de visiter le pays en voiture pour s’arrêter où et quand elle le désire. Elle peut parcourir une région à vélo pour apprécier les odeurs et découvrir (à grosses gouttes) les dénivelés. Elle peut marcher tranquillement avec son appareil photographique pour immortaliser la faune et la flore dans les moindres détails. On peut visiter un pays de multiples façons, mais on ne peut pas tout faire en même temps. Certains choix sont nécessaires.
Ce commentaire s’efforce de parcourir les vingt-huit chapitres de Matthieu attentivement, mais d’un pas résolu. « Aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire ». Chaque récit est commenté, certains détails, souvent insignifiants à première lecture, sont relevés, et la contribution de chaque récit à l’ensemble de l’ouvrage est spécifiée. Il est important de bien saisir l'agencement des récits, car la trame générale du ministère de Jésus et les choix opérés par Matthieu permettent de mieux apprécier la spécificité de chaque récit. Les contrastes avec les Évangiles de Marc et de Luc sont soulignés pour permettre de mieux comprendre les particularités de l’Évangile de Matthieu.
Les notes de bas de page sont limitées pour éviter les arrêts qui pourraient détourner de l’essentiel. Les références à d’autres points de vue sont limitées et réduites, car l’objectif n’est pas de proposer un éventail d’interprétations, mais de comprendre le texte dans son ensemble. La bibliographie en fin d’ouvrage donne un aperçu des ouvrages consultés et permet d’élargir le champ d’investigation selon d’autres interprétations ou d’approfondir un point particulier. Les références au texte grec sont rares, car les enjeux herméneutiques pour les textes narratifs dépendent rarement des traductions, qui sont pour la plupart excellentes. Une traduction proche du texte (traduction à équivalence formelle) est préférée à une traduction trop interprétative (traduction à équivalence dynamique). La traduction de la Colombe est généralement suivie, mais pas exclusivement. Exceptionnellement, une traduction inédite est proposée.